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La nécessite nucléaire

Vu d'Europe, l'événement est proprement incroyable. Quatre ans seulement après la catastrophe de Fukushima et en pleine commémoration de la tragédie nucléaire qui s'abattit sur Hiroshima et Nagasaki il y a soixante-dix ans, voici que le Japon remet en route, aujourd'hui même, une centrale atomique. Cette rupture du jeûne nucléaire, qui vit le pays mettre à l'arrêt ses 48 réacteurs en activité il y a deux ans, est évidemment loin de faire l'unanimité dans l'opinion japonaise, même si une courte majorité seulement se dit hostile à la décision du gouvernement Abe. Fallait-il que l'impasse énergétique dans laquelle se trouve Tokyo soit telle que ses dirigeants puissent faire ainsi litière d'un contexte si hautement émotionnel ! Deux raisons expliquent la décision du Japon. La première est l'absence totale de ressources naturelles, qui l'a contraint à développer un parc nucléaire. Depuis son arrêt, la facture d'importation en hydrocarbures s'est envolée, au point de devenir insupportable. L'autre raison est que ce recours massif aux énergies fossiles éloigne chaque jour le Japon de tout espoir de tenir ses objectifs en matière d'émission de gaz à effet de serre dans les prochaines années. Impensable à quelques mois du sommet mondial sur le climat qui doit se tenir à Paris. Cette double contrainte est au coeur du nouveau débat qui agite le nucléaire aujourd'hui. Son avantage compétitif sur les coûts de l'électricité n'est plus un argument suffisant pour justifier son emploi face aux menaces qu'il recèle en matière de sécurité. D'autant que, depuis Fukushima, tous les grands pays ont durci leurs exigences de sûreté, ce qui renchérit arithmétiquement le prix de revient. Le meilleur allié de l'atome est devenu le réchauffement climatique. Aucune source d'énergie autre que le nucléaire n'est aujourd'hui capable de répondre à l'évolution mondiale des besoins en électricité sans aucun effet sur les émissions de CO2. Ce n'est pas un hasard si le centre de gravité de l'industrie nucléaire se déplace vers l'Inde ou la Chine, pays à la démographie galopante et au développement rapide. 391 réacteurs sont en exploitation dans le monde actuellement. Une capacité qui pourrait augmenter de 60 % d'ici à 2040, essentiellement pour répondre à la consommation des pays dits émergents. La nouveauté - et c'est heureux - est que le nucléaire n'est plus conçu comme la seule réponse à ce défi mais plutôt comme le maillon d'une chaîne où les énergies renouvelables auront une part croissante. L'autre point d'inflexion est que sa disparition n'est plus vécue comme l'alpha et l'oméga de toute politique environnementale, comme ont voulu le laisser croire une partie des écologistes français. Loin des poncifs, le Japon, si meurtri, vient d'administrer au monde une leçon de réalisme.

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