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Nucléaire : le calendrier du grand carénage d'EDF inquiète les PME

L'inquiétude commence à monter chez les fournisseurs d' EDF. Le grand carénage, ce gigantesque programme de maintenance lourde des centrales nucléaires d'EDF, destiné à préparer la prolongation de la durée d'exploitation des réacteurs au-delà de quarante ans, ne tient pas toutes ses promesses. « Certaines entreprises qui travaillent sur les travaux du post-Fukushima voient leur activité progresser, notamment les entreprises de génie civil, génie climatique et électrique. Mais les attentes sont déçues dans les secteurs de la maintenance ou de la mécanique, qui avaient pourtant beaucoup investi pour se préparer aux travaux », explique Céline Cudelou, déléguée générale du Groupe intersyndical de l'industrie nucléaire (GIIN), qui rassemble neuf syndicats professionnels, soit de 350 à 400 entreprises.

Après Fukushima en 2011, l'Autorité de sûreté nucléaire a imposé à EDF un renforcement de la sûreté de ses sites, assorti d'un calendrier qui s'impose à l'électricien et à ses fournisseurs. Clemessy Nucléaire a ainsi enregistré 250 millions d'euros de commandes pour la fourniture, avec le motoriste ABC, d'une part des 58 diesels d'ultime secours qui devront être installés au plus tard fin 2018. Des appels d'offres sont aussi en cours pour construire les centres de crise locaux (CCL). « Sur les DUS, on devait faire 10 tranches par an et on va finalement en faire 15 parce que tout le monde sécurise ses délais. Mais, hormis le "post-Fukushima", on a bien senti que c'est un peu lissé dans le temps », note Philippe Dubuisson, directeur de Clemessy Nucléaire. « On attend et on a très peu d'informations. Il y a un peu de travail, mais ce n'est pas le carnet de commandes qui était attendu », résume Yves Fiorda, vice-président de la Fédération des industries mécaniques (FIM).

Pics de travaux

Officiellement, le grand carénage a démarré à la centrale de Paluel (Seine-Maritime) au printemps 2015, mais dans la discrétion. « Il n'y a pas de grand soir du grand carénage. Les commandes se réalisent au fur et à mesure des activités, explique Etienne Dutheil, directeur du programme grand carénage à EDF. Nous avions des pics de travaux extrêmement importants, ils ont été largement étalés dans le temps. C'est une bonne nouvelle, parce que c'était complexe d'un point de vue industriel. »

Le rythme des dépenses est désormais évalué par EDF : de « 3,5 à 4 milliards d'euros par an sur les trois prochaines années, avec une pente ascendante puis le plateau à 5 milliards par an et une redescente autour de 3 milliards par an à partir de 2025 ».

En attendant, les entreprises s'adaptent. « On a pris des marchés ailleurs pour tenir le coup, notamment dans l'industrie pharmaceutique et la chimie », explique Yves Fiorda, dont le groupe ACM fabrique des échangeurs thermiques et des appareils sous pression. « Mais on a un peu perdu en rentabilité parce qu'il a fallu faire des efforts pour pénétrer ces nouveaux marchés », note-t-il. « La situation financière d'EDF et le fait de lui imposer la reprise d'une partie d'Areva ne jouent pas en faveur d'une reprise des investissements », redoute aussi un observateur.

Véronique Le Billon, Les Echos


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